Fin octobre 2021, Mark Zuckerberg a officialisé le changement de nom de sa maison mère. Au revoir Facebook, bonjour Meta. Le groupe à la tête des plus grands réseaux sociaux au monde (Instagram, Facebook, WhatsApp) et d’Oculus (une société rachetée par Facebook en 2014, spécialisée dans les casques de réalité virtuelle, augmentée et mixte) a donc opéré un virage vers le métavers. Le patron de Meta souhaite désormais que son entreprise soit reconnue pour son expertise plus large sur les technologies de réalité virtuelle et plus spécifiquement sur le métavers. Avec cet événement majeur, l’année 2021 marque donc un tournant dans l’histoire des réseaux sociaux.

Meta a déjà fait de premières grandes annonces. Le groupe de Zuckerberg prévoit notamment de dépenser 10 milliards de dollars pour accélérer le déploiement du métavers ou encore la création de 10 000 emplois en Europe, pour aider au développement des technologies qui accompagneront cet espace virtuel. Difficile d’y voir très clair dans le jeu du géant américain. Cela soulève de nombreuses questions : le métavers va-t-il, à terme, remplacer les réseaux sociaux ? Ces deux environnements vont-ils vivre l’un a côté de l’autre ? Le métavers et les réseaux sociaux vont-ils être complémentaires ? Autrement dit, sera-t-il possible d’accéder au métavers depuis les réseaux sociaux et vice et versa ? Bref… Tout un tas de questions auxquelles nous allons tenter de répondre dans cet article.

Au fait, à quoi ça ressemble le métavers ?

« Imaginez, vous rentrez du travail, vous posez vos affaires, vous vous installez confortablement dans votre canapé. Dans votre salon, pas de télévision, il y a bien une manette, mais pas de console. Il y a un bureau aussi, mais pas d’ordinateur. Vous n’avez pas non plus de smartphone depuis un certain temps déjà. Là, posées sur une table, des lunettes. Vous les mettez et progressivement, une fenêtre apparaît à la place où trônait votre télévision, deux autres sur votre bureau. L’ami que vous deviez appeler apparaît, là, dans votre salon, sur le canapé aussi vrai que nature. Bienvenue dans le métavers ».

C’est comme cela que Siècle Digital démarre son podcast intitulé « Bienvenue dans le métavers ». Un nouvel environnement, où tout semble fluide et où la notion du temps pourrait bien être altérée. Il existe déjà plusieurs environnements virtuels que nous pouvons qualifier comme des métavers. Voici une liste non exhaustive :

  • Sandbox :

Un métavers développé par des français. C’est le pilier du cryptogaming, une plateforme de jeu basée sur la blockchain. Une sorte de mélange entre Minecraft et Second Life qui compte sur les partenariats avec les marques pour se développer. Sandbox a vu le jour en 2011 grâce à Arthur Madrid et Sébastien Borget. Les deux hommes ont voulu proposer un monde virtuel dans lequel les créateurs peuvent concevoir des jeux et les monétiser à l’aide de la blockchain Ethereum, en utilisant les NFT et une cryptomonnaie baptisée Sand. La plateforme propose pour l’heure une suite d’outils no-code destinée à créer des expériences ludiques, que les créateurs peuvent loger dans l’une des 166 464 portions de Sandbox. Carrefour a récemment acheté un « terrain virtuel » sur Sandbox.

  • Decentraland :

Decentraland, comme Sandbox, est une plateforme de réalité virtuelle interactive open-source dans laquelle les utilisateurs peuvent acheter, utiliser et construire sur des terrains virtuels. L’environnement garanti à ses utilisateurs des droits de propriété complets ainsi qu’un enregistrement permanent de la propriété sur la blockchain Ethereum. Le MANA est l’actif par défaut sur Decentraland. C’est un token ERC-20 que vous pouvez acheter et revendre comme la plupart des autres cryptomonnaies sur des sites d’échange. Comme sur Minecraft ou Second Life, il n’y a pas vraiment d’objectif dans Decentraland. Les utilisateurs traversent un monde virtuel. L’occasion de rencontrer d’autres personnes ou d’acheter des terrains virtuels pour y construire tout ce que vous voulez.

  • Horizon Worlds :

Meta a récemment lancé Horizon Worlds. Son propre métavers. Disponible aux États-Unis et au Canada, Horizon Worlds propose des jeux ainsi que des événements et des espaces d’échange. Certaines expériences sont conçues par Meta, d’autres par la communauté des joueurs. Depuis deux ans, des milliers de bêta-testeurs ont eu l’opportunité d’organiser régulièrement des spectacles, des soirées, des séances de cinéma ou même des ateliers de méditation au sein de ce métavers. Au sein de cet espace virtuel, vous pouvez participer à des concours et même jouer à Arena Clash, un jeu de tir de type Battle Royale. Horizon Worlds permet même à ses joueurs d’écrire du code pour définir leurs propres règles.

Du MMORPG au métavers en passant par les réseaux sociaux

Dans les premières années d’Internet, il y a à peine 30 ans, les réseaux sociaux n’existaient pas. Ce n’est pas pour autant que les internautes ne se « socialisaient » pas sur le web. À l’époque, les puristes se retrouvaient sur les MMORPG (acronyme de l’expression anglaise « Massively Multiplayer Online Role Playing Games ». Des plateformes sur lesquelles des joueurs se connectaient pour incarner un personnage doté d’une personnalité et jouer le rôle de ce personnage dans le monde virtuel. Une définition qui semble assez proche de celle du métavers finalement, non ? Avec la réalité virtuelle en moins, évidemment. Aux débuts des années 2000, l’émergence des réseaux sociaux a marqué le début de la fin de l’âge d’or des MMORPG.

Paradoxalement, Mark Zuckerberg souhaite aujourd’hui revenir à un modèle assez proche de celui des MMORPG. Plusieurs études ont démontré qu’à l’époque, si les joueurs se connectaient certes pour jouer, ils avaient aussi besoin (et surtout) de créer du lien. Ils échangeaient avec d’autres joueurs, notamment au sein des guildes. Sony Online Entertainment avait analysé que les joueurs du premier EverQuest consacraient environ un quart de leur temps au jeu et le reste du temps à « socialiser » avec les autres joueurs. Avec l’arrivée du métavers, certains experts se demandent même pourquoi Meta cherche à « s’enfermer dans une niche », comme ce fût le cas avec les MMORPG. Le patron de Facebook est peut-être trop jeune, mais il voit dans le métavers l’avenir des réseaux sociaux. L’histoire se répète d’une certaine manière.

Un peu d’histoire : le terme « métavers » n’est pas récent, mais pas non plus si vieux. Il vient d’un livre qui s’appelle Snow Crash, écrit par Neal Stephenson en 1992. En 2022, ce livre fêtera ses 30 ans. Aujourd’hui, c’est un peu un mot valise qui englobe la possibilité d’avoir un équivalent de la vie réelle dans un univers virtuel. D’autres vont y voir le mix entre de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle. D’autres vont y voir du jeu vidéo immersif, comme du Fortnite. Il y a beaucoup de choses qui sont incluses dedans. Bref, tout cela va dans le même sens : on parle bien de la fusion du réel et du virtuel. Les réseaux sociaux ont permis d’appréhender les prémices de cette fusion et le métavers pourrait permettre de la concrétiser.

Bientôt la fin des réseaux sociaux ?

Avec ce virage majeur pris par Zuckerberg et ses équipes, on peut légitimement se demander si nous approchons de la mort des réseaux sociaux. Après tout, cela fait plusieurs années que des experts du social media prédisent la mort de Facebook, « ce réseau social de vieux ».Selon Dominique Boullier, spécialiste des usages du numérique et auteur de « Comment sortir de l’emprise des réseaux sociaux » (Le passeur éditeur, 2020), « je ne pense pas que Facebook soit vieux et en train de mourir, mais qu’il souffre de son gigantisme. Facebook a une crise de croissance très nette et Zuckerberg en tire une conclusion : il vaut mieux essayer de faire autre chose que de rester dépendant de Facebook qui a un vrai problème avec sa réputation, beaucoup plus que toutes les autres plateformes. Cette crise de réputation, plus le fait qu’il dépende tellement de la publicité, l’oblige à se débrouiller pour trouver d’autres sources de revenus un peu plus sérieusement ».

Le problème avec le métavers imaginé par le patron de Facebook est que son modèle économique ressemble en tout point à celui du géant des réseaux sociaux. Un modèle qui pose déjà problème aujourd’hui, particulièrement avec l’exploitation massive des données personnelles. Zuckerberg en a conscience et c’est justement pour cette raison que dans la présentation de sa vision du métavers, il a longuement appuyé sur les jeux vidéos, avec des abonnements et certainement d’autres façons de se rémunérer. Quoi qu’il en soit, il semble évident que le lancement de Meta sacrifie la marque Facebook pour sortir de la crise de réputation et pouvoir continuer à être attractif. L’avenir du réseau social est donc potentiellement remis en question. Zuckerberg s’est quand même donné une dizaine d’années pour réaliser cette prophétie.

Dans un exercice de prospective réalisé avec Usbek et Rica, Philippe Kerignard, Direction Innovation, Architecture & Gouvernance de la donnée chez Bouygues Telecom, se projette en 2050. Voilà ce que ça pourrait donner :

« En 25 ans, notre manière d’interagir et d’être au monde a profondément changé. Il y avait auparavant une scission claire, dualiste entre vie privée et vie publique. Désormais, la question de la sphère privée/publique s’apparente plutôt à un spectre à large bande, à une succession de réseaux sur lesquels nous partageons différents types d’informations plus ou moins privées. Forts de ce constat, les gouvernements du monde entier mettent en place des régulations sur l’usage des réseaux sociaux pour en limiter l’impact négatif. Dans ce contexte, les opérateurs de télécommunication sont amenés à jouer un rôle important. En effet, l’État n’hésite pas à les solliciter pour concrétiser ses décisions juridiques prises à l’encontre de certains sites jugés dangereux, demandant par exemple, au grand dam des défenseurs d’un internet libre, à ce que certaines URL soient déréférencées pour en rendre l’accès plus difficile. Cependant, les nombreux réseaux sociaux chiffrés et décentralisés échappent dans la pratique à toute tentative de contrôle régalien ».

Quelle complémentarité entre les réseaux sociaux et le métavers ?

Nous y sommes. La blockchain fait son apparition sur les réseaux sociaux tels que nous les connaissons. Vous pouvez par exemple mettre votre meilleur NFT en photo de profil sur Twitter. Sur Twitter Blue, pour être tout à fait précis. La plateforme premium du réseau social, vient de mettre en place une nouvelle fonctionnalité pour permettre à ses utilisateurs de mettre en avant leur NFT préféré (des certificats numériques qui peuvent valoir une fortune) sur leur photo de profil. Une fonctionnalité disponible uniquement pour les abonnés de Twitter Blue sur iOS, mais elle débarquera bientôt sur Android et sur la version web, au fur et à mesure de son développement.

YouTube s’intéresse aussi de près aux NFT. Selon Susan Wojicki, CEO de YouTube, les NFT pourraient permettre de renforcer la relation entre les créateurs et leurs abonnés. Une aubaine pour cette technologie émergente, qui n’a pas encore été totalement adoptée par les grandes plateformes. Pour la CEO de YouTube, « l’année qui vient de s’écouler a mis en évidence les possibilités offertes par la blockchain, notamment le fait de pouvoir renforcer la relation entre les créateurs et leurs fans ». YouTube est convaincu que les NFT peuvent permettre aux créateurs d’améliorer les expériences qu’ils font vivre à leur communauté sur la plateforme.

De son côté, Meta prévoit de lancer sa propre place de marché pour permettre aux utilisateurs de Facebook et Instagram de créer, vendre et acheter des NFT. C’était attendu… Le géant américain ne peut pas dominer le métavers sans proposer sa propre marketplace pour les NFT. Il y a quelques semaines, Adam Mosseri, le patron d’Instagram allait justement dans ce sens. Il a assuré que son réseau social était en train « d’explorer activement » le marché des NFT. Concrètement, Instagram pourrait servir de « galerie virtuelle » pour les NFT. Le Financial Times précise cependant que pour le moment, ces projets ne sont pas encore à un stade avancé et de ce fait, des changements sont possibles.

Vous n’avez pas encore testé Agorapulse ? Il ne vous faudra pas plus de 15 jours d'essai pour l'adopter !